Reggae:
Le reggae est apparu à la fin des années 1960. Il est le fruit de nombreuses rencontres et de métissages : évolution du ska et du rocksteady, il trouve ses racines dans les musiques traditionnelles caribéennes comme le mento et le calypso, mais est aussi très influencé par le rythm&blues, le jazz et la soul music (la musique américaine est alors très en vogue en Jamaïque). À ces influences s'ajoute celle de musiques africaines, du mouvement rasta et des chants nyabinghi, qui utilisent les Burrus africains (tambours) apportés par les esclaves en Jamaïque. Ce métissage ne s'arrêtera pas là: aujourd'hui nombre de styles s'inspirent, intègrent ou reprennent le style reggae de par le monde. Le reggae est aujourd'hui une musique universelle, comme le souhaitait celui qui fut son principal ambassadeur, Bob Marley.
Si le terme apparaît vers 1973 dans la presse occidentale, son origine est obscure. Il pourrait venir du mot d'anglais jamaïcain, "streggae", qui désigne une personne mal ou trop peu habillée, et de là, les prostituées[1]; ce mot aurait été modifié par une radio jamaïcaine de l'époque . D'autres explications existent, comme celle qui en fait la contraction des expressions “regular guy”, “regular people”, en somme une musique faite pour “l'homme de la rue” (citation Bob Marely, interview [réf. nécessaire]). Pour le chanteur Bob Marley, le terme aurait des racines espagnoles et désignerait la « reine des musiques » (« la musica del rey »)[2]. Selon d'autres sources, il serait la contraction et l'altération du terme anglais « raggamuffin » (littéralement « va-nu-pieds ») [3] ou peut-être de rege-rege « querelle ». Autre hypothèse, « reggae » désignerait une tribu de langue bantou originaire du lac Tanganyika[4]. Derrière toutes ces étymologies possibles, se dessinent les particularités d'un genre musical fait d'héritages, de brassages, d'appropriations et de confrontation à la dure et rugueuse réalité. Enfin, dernière explication, le terme « reggae » découlerait de la spécificité de son rythme - «a ragged rythm» un «rythme déguenillé» ou «irrégulier» - comme le soutient le guitariste de studio Hux Brown [5].
Tout aussi problématique est la question de la paternité du reggae en tant que genre musical proprement dit ; paternité qui, contrairement au rocksteady, est très controversée : certains attribuent le premier disque de reggae aux Maytals avec Do the Reggay en août 1968. Cependant, si Toots est certes le premier à utiliser le mot "reggae" dans une chanson, d'autres morceaux au tempo un peu plus rapide que le rocksteady ont déjà préfiguré le style au cours de l'année 1968. Ainsi Pop-a-Top de Lynford Anderson annonçait déjà, début 1968, un nouveau style de rythme, bien plus rapide. D'autres compositions se disputent le titre de premier reggae, dont le Bang A Rang de Stranger Cole et Lester Sterling (pour Bunny Lee), le Nanny Goat de Larry Marshall et Alvin (sous la direction de Jackie Mittoo, pour Studio One), la première version méconnue du Soul Rebel de Bob Marley, et le No more heartache des Beltones.
Cette première phase d'évolution du reggae, que l'on qualifie de période du "early reggae", est caractérisée par un tempo plus rapide, et l'accélération du jeu à contretemps déjà présent avec le ska et le rocksteady. Puis le tempo ralentira, la basse se fera plus lourde encore, mais le reggae gardera cette base rythmique basse/batterie prédominante et ce mouvement chaloupé qui lui est propre.
Lee « Scratch » Perry est également à l'origine d'un des premiers succès reggae de 1968, Long Shot (interprété par les Pioneers, avec les jeunes frères Aston « Family Man » et Carlton Barrett à la basse/batterie), où il utilise une rythmique particulièrement rapide. Scratch travaille alors pour Joe Gibbs et le quittera pour ne pas avoir été crédité pour son travail sur ce morceau [réf. nécessaire]. - Il reprendra ce morceau à son compte en se lançant dans la production, avec son propre label "upsetter" (énerveur). "People Funny Boy" fera un carton en Angleterre. - Scratch utilisera par la suite des pratiques innovantes qui transformeront le reggae, comme l'introduction de bruitages (l'origine du sample). Il fondera également le légendaire studio Black Ark où seront enregistrés, entre autres, Bob & The Wailers, The Congos, Max Romeo, Junior Murvin.
Dub:
C'est en 1967 sur l'île de la Jamaïque que le Disc jockey Rudy Redwood du très célèbre sound-system Supreme Ruler Of Sound va diffuser par accident le premier morceau de reggae en version instrumentale (c'est-à-dire sans la partie vocale) dans un dancehall. Cette erreur involontaire est en fait due à un mauvais pressage du vinyl. La surprise est immense et le public est alors très réceptif. Le DJ va immédiatement en parler au producteur du label Treasure Isle, Duke Reid, qui est à l'époque le plus important de Jamaïque et qui va dès lors éditer les 45 tours des groupes locaux avec en face B les versions instrumentales des morceaux.
Ce n'est que quelques mois plus tard que l'ingénieur du son Osbourne Ruddock, alias King Tubby, très impressionné par les prestations du sound-system, va se lancer dans des expérimentations sur ces versions instrumentales : il a l'idée de graver ses dubplates de manière à amplifier l'espace sonore du couple basse/batterie, en atténuant les voix sous des effets de réverbération. S'il est difficile de savoir qui a réellement créé ce nouveau genre musical, Tubby est néanmoins le producteur par lequel le mouvement s'est développé, en inventant ou popularisant la plupart des effets (basses saturées, réverbération, écho, phaser...) qui définissent le style. Nous sommes en 1968 et le dub vient alors de naitre.
Rapidement développé par des artistes tels que Lee Scratch Perry, Bunny Lee ou Jah Shaka, jusqu'alors preneurs de son de groupes de reggae, le style va se caractériser par une accentuation rythmique lourde et dépouillée, sur une mélodie squelettique et une ligne de basse mise en valeur à l'aide d'effets qui vont alors permettre au disc-jockey de faire un spectacle sonore très captivant. D'autres artistes signeront des compositions intégralement dub qui achèveront de populariser le mouvement, tels Linton Kwesi Johnson, fer de lance de la "dub poetry", ou Augustus Pablo qui, dans un album produit par King Tubby, fit connaitre le mélodica au monde entier. Errol Thompson enfin, enregistre en 1970 le premier disque de reggae intégralement instrumental.
Autour des années 1980 de nombreux musiciens et groupes de reggae se sont mis à développer de nouvelles techniques de production qui firent grandement avancer le dub par la suite. Il faut citer le groupe The Revolutionaries ou les artistes Prince Jammy et Scientist, qui multiplient les effets (notamment l'equalizer) sur leurs morceaux. Le célèbre couple rythmique Sly & Robbie fut également à l'origine des rythmes "rockers" qui donneront les "steppers" du dub des années 1990